Alternatives, centre de psychothérapie à Brest (Finistère)

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Le Self en groupe

Bertrand SEYS



ÇA SE DISCUTE :
SUR LA CONFÉRENCE DE JEAN MARIE DELACROIX : LE SELF EN GROUPE

Dans le cadre des conférences organisées par l'Institut Français de Gestalt-Thérapie, Jean Marie DELACROIX a tenu une conférence en Novembre 94 sur le thème : "LE SELF EN GROUPE".
A l'issue de cette conférence, nous avons agressé quelques fonds de bouteille qui ont pris forme dans le fond de nos gobelets afin que nous puissions (chacun) rentrer en plein contact avec les dits fonds (lesquels ?) et permettre une bonne assimilation. En gros l'environnement (du groupe) était sympa.

Mon intention ici est de vous présenter ma compréhension de contenu de la conférence de Jean Marie et d'en faire quelques commentaires. Dans la partie compte-rendu, la segmentation et les intertitres sont de mon fait.

 UNE PERCEPTION DE LA CONFÉRENCE

"Le self groupal est un phénomène qui existe à partir du moment ou deux personnes sont en présence l'une de l'autre." Son existence étant ainsi affirmée, se pose le problème de son analyse.

LE CADRE DE L'ANALYSE : LE GROUPE ET LE SELF.
Les conditions d'existence d'un groupe de psychothérapie sont : "Pour qu'il y ait  groupe (de psychothérapie), il faut qu'il y ait un rassemblement d'individus, une tâche commune, la présence d'un individu ou de plusieurs qui ont un statut particulier : psychothérapeutes ou animateurs de groupe." Tout autre groupe est exclu de l'analyse.
Les conditions de développement du self : "pour que l'on puisse parler du self, au moins trois conditions sont nécessaires."
1/ "la rencontre d'un organisme et d'un environnement",
2/ "la création d'un champ",
3/ "la référence à un cadre."

CHAMPS : GLOBAL, GROUPAL ET PARTIELS
Le champ global est constitué par l'ensemble des membres d'un groupe, y compris le psychothérapeute. "Le champ global est constitué d'une multitude de champs partiels" et du champ groupal.
Le champ groupal serait le champ déterminé par le groupe (hors psychothérapeute).
"Un champ partiel est par exemple le champ qui est constitué par la présence du psychothérapeute avec l'entité groupale." "Il y a autant de champs (partiels) que de personne présentes."
Le champ global peut être "inclue dans un champ global plus large." C'est le cas d'un groupe qui se fait dans le cadre d'une institution.
"Il y a une succession de champs qui s'interpénètrent les uns dans les autres et qui vont créer une très grande complexité."

LA DIALECTIQUE FIGURE/FOND DANS LE GROUPE
Dans le fond, "je mets tout ce qui fait partie de l'histoire de la personne, son histoire passé, son histoire familiale, ce qui vient de la culture, ce qui de l'histoire est inscrit dans le corps, ce qui de l'histoire est inscrit d'une façon ou d'une autre dans l'inconscient." "Notre objectif (est) de faire émerger en figures claires et précises ces matériels qui viennent de l'histoire et du fond."
 Mais qu'en est-il dans un groupe ?
Tout d'abord sur l'existence du groupe : "Au début je ne pense pas que l'on peut parler de groupe, on ne peut parler de groupe qu'à partir du moment où se met en place une cohésion." La cohésion de groupe "fait référence à quelque chose qui va relier les individus, à un ciment, à un lien."
 Phénomènes et processus dans le groupe : l'émotionnalité.
Dans les groupes on peut observer des phénomènes d'attraction et de répulsion, ce "qui nous renvoie à l'amour et à la haine." "Il y a un grand brassage émotionnel (qui) n'est pas reconnue vraiment (et qui) peut-être l'objet de rétroflexion, peut entraîner des peurs, de l'angoisse, beaucoup de projection." Tout ceci est l'émotionnalité groupale.

LE SELF : LA FONCTION ÇA
"La fonction ça, c'est bien l'émotionnalité." "On sent qu'il y a quelque chose, on intuitionne mais on ne peut encore nommer, il n'y a pas de forme." "Le paradoxe, c'est que cette non-forme définie par cette émotionnalité groupale diffuse et confuse, c'est ça qui va rapprocher les individus, c'est ça qui va servir de lien." Au début d'un groupe "le Je n'existe pas, le Nous non plus."
"La forme, idéalement avec le déroulement du processus thérapeutique, ça va être à un moment donné (de ce) différencier de ce magma groupal et progressivement de trouver mon Je et faire naître en contrepartie le Nous groupale."

LE SELF : LA FONCTION PERSONNALITÉ
Un groupe fonctionne sur un certain nombre de représentation qui lui donne son originalité avec des règles explicites et implicites. "A partir (des) perceptions et (des) projections (de chacun dans le groupe) il y a un certain nombre de phénomènes qui vont se mettre en place." Ces perceptions et projection sont liées au fait "que l'on a besoin de ce retrouver dans le familier et dans le familiale." "La fonction personnalité dans la théorie du self renvoie à l'image que j'ai de moi même et à ce que je peux dire à mon sujet." Pour un groupe ce sont les représentations qu'il peut avoir pour lui même et qui "sont beaucoup basés sur ce que l'on appelle les règles implicites." Par ces règles implicites "on observe des rétroflexions groupales, des introjections groupales, des confluences groupales. Ces mécanismes qui sont individuels sont aussi groupaux."

LE SELF : LA FONCTION EGO
"La fonction ça groupale, idéalement, va se combiner avec la fonction personnalité pour alimenter ce que l'on appelle la fonction ego, c'est à dire la capacité à faire des choix puis de poser un acte ou un ensemble d'actes qui sont congruent avec les choix." "Les règles implicites qui font partie de la fonction personnalité sont des déviations par rapport à la fonction ego du groupe."

NÉVROSES ET PRATIQUES THÉRAPEUTIQUES
"La névrose groupale est constituée des névroses individuelles qui se rencontrent et si on ne crée pas cette névrose groupale, expérimentale, on ne peut pas parler de processus psychothérapeutique. La névrose groupale faite des névroses individuelles est une réactualisation des mécanismes de survie, … pour faire la psychothérapie en profondeur (il) faut pouvoir toucher cette zone là, toucher cet archaïsme que constitue la névrose groupale."
"On va considérer un groupe comme une entité et on va poser un certain nombre d'interventions qui ont pour objectif d'amener le groupe à entrer dans l'awareness et amener le groupe à avoir des prises de conscience qui vont avoir pour objectif de soigner le groupe dans sa névrose."
"C'est en soignant le groupe que l'on va soigner chaque individu, individuellement puisque la fonction sera groupale." "La réciproque est vraie."
"Pour pouvoir défaire des résistances au niveau individuel, cela suppose parfois que l'on ait défait, ou au moins mis en évidence, des résistances groupales."

 QUELQUES COMMENTAIRES

Paradoxalement, alors que la gestalt-thérapie c'est fait connaître par sa pratique de groupe, et que nos formations sont réalisées en groupes de formation, la personne en tant qu'individu fonde notre corpus théorique. Nous avons donc de fait une pratique de groupe et une théorie de l'organisme (individuel) en contact avec son environnement. Le mérite de la conférence de Jean Marie est de poser des éléments de compréhension de ce qui fonde l'intervention gestaltiste dans un groupe. Ce que Jean Marie affirme clairement à la fin de sa conférence, c'est qu'en groupe de thérapie les interventions - qu'elles soient faites sur le groupe ou sur chacune des personnes constituant le groupe - entraînent des processus de prise de conscience et de changement du groupe dans ses modes de fonctionnement psychosociologique et pour chacune des personnes. De ce point de vue la dichotomie thérapie de groupe ou en groupe n'a pas lieu d'être.

Le problème central me semble être celui de la perception, et donc de la compréhension de ce qu'est cette perception, du groupe et des individus dans le groupe. "La névrose groupale est constituée des névroses individuelles qui se rencontrent." Cela ne signifie pas que la névrose groupale soit la somme, ni même un ensemble des névroses individuelles mais une névrose qui appartient au groupe et créée par le système interactionel des membres du groupe. Ceci est aussi vrai pour les trois fonctions du self qui sont décrites. Nous avons donc à élucider ce qu'est la perception par le psychothérapeute de la névrose groupale et la nature du contact, ou plutôt de la frontière contact entre le psychothérapeute - comme organisme - et le groupe - comme environnement-.

Le contenu de la conférence de Jean Marie est plutôt sur le self du groupe, ou self groupale, que du self en groupe. Le self en groupe pourrait se comprendre comme le développement du contact d'un organisme avec son environnement, sachant que celui-ci se fait dans le cadre d'un groupe. Le self groupale, avec la déclinaison de ses trois fonctions, assimile le groupe à un organisme. Cette assimilation ne peut être qu'une métaphore ou une analogie. Il y a de la part du psychothérapeute une caractérisation du groupe et des individus dans le groupe. Cette caractérisation n'est pas propre aux groupes de psychothérapie. Un enseignant par exemple fait la même chose lorsqu'il parle globalement d'une classe et ensuite aborde chacun de ses élèves.
Pour remonter dans la chronologie de cette conférence, il y a la tentative de définition du champ groupale. Je ne suis pas très convaincu par tous ces "champs qui s'inter(-)pénètrent". Je pense que le travail de compréhension à mener est plus dans une modélisation du système psychosociologique qu'est le groupe. Notre système de représentation se fait dans un cadre théorique : celui du contact dans un champ organisme/environnement. Il s'agit de l'organisme du psychothérapeute avec son environnement, ici un groupe, l'intentionnalité du psychothérapeute et comme le dit Jean Marie "le rapport que le thérapeute entretien avec la théorie." De ce point de vue, élaborer une théorie gestaltiste du groupe, ou une psychosociologie gestaltiste est une idée à approfondir, mais est-elle légitime ?

En terme de pratique, dans un champ organisme/environnement qui contient un groupe, qu'elles sont les formes qui émergent et comment, sachant que ces formes peuvent être une personne ou plusieurs du groupe, des relations particulières entre des personnes du groupe, ou le groupe. C'est là qu'est la complexité de la situation … à creuser et un prochain article à écrire!
 

       Bertrand SEYS