Alternatives, centre de psychothérapie à Brest (Finistère)

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INTERVENTION EN ENTREPRISE ET EN MILIEU SCOLAIRE OU INSTITUTIONNEL :
LA QUESTION DU CADRE

Bertrand SEYS.


I DESCRIPTION DE L'ATELIER

En entreprise, milieu scolaire ou institutionnel, les interventions de formation ou de supervision mettent en relation trois catégories de personnes : l'intervenant, les participants et la hiérarchie. Cette dernière peut intervenir à différents niveaux : cadre spatial et temporel, statut de la formation (défavorable, facultative, incitation à la suivre, obligatoire), le contenu de la demande et les formes d'évaluation. Elle est de toute façon le partenaire commercial de l'intervenant. Le thème de l'atelier est de travailler sur le cadre de l'intervention qui permette d'intégrer pendant le processus de formation ou de supervision "l'absent-présent" qu'est la hiérarchie et nos attitudes éthiques et déontologiques.

Cet atelier se veut être un atelier d'échange d'expériences et de discussions.

II TEXTE INTRODUCTIF

LA QUESTION

Formation au management, à la communication, supervision d'équipe d'éducateur, de personnel hospitalier ... sont des situations qui interrogent notre éthique et notre déontologie.
Le plus souvent les interlocuteurs ne sont pas que les participants. Qui plus est, les participants ne sont pas, en général, les payeurs, parfois même ne sont pas les demandeurs. Il se pose donc les questions :
- avec qui travaillons-nous ?
- et pour qui ?

Il me semble que dans ce cas, au moins, les questions d'éthique et de déontologie peuvent s'étudier à travers la question du cadre.

 LES ACTEURS

J'identifie trois catégories d'acteurs :

 1/ l'intervenant
 2/ les participants
 3/ la hiérarchie

1/ l'intervenant est le psychothérapeute qui va intervenir et la demande pourra lui avoir été adressée directement et discuter par lui. Il peut être aussi le salarié ou le producteur de service d'un organisme de formation ou de consultance et ne pas avoir été le maître d'oeuvre de la demande.
L'intervention se fera évidemment avec les participants, mais quel a été leurs rôles pour déterminer la demande, et quels seront leurs rôles dans les processus d'évaluation ?

2/ les participants sont ceux qui suivent les actions de formation ou de supervision. Ils sont avec l'intervenant pendant cette action, et sont avant, pendant et après en relation avec la hiérarchie.

3/ la hiérarchie est l'entité qui va donner l'autorisation ou l'obligation aux participants de participer et qui va être l'entité avec qui l'intervenant va être en contact avant et après l'action de formation ou de supervision.

LES RELATIONS ENTRE LES ACTEURS

Elles peuvent être représentées par le graphique suivant :
 

 1/ les relations intervenant/hiérarchie :

 a/ c'est la hiérarchie qui va définir ou transmettre la demande ou permettre que la demande soit discutée directement entre l'intervenant et les (futurs) participants.
 b/ c'est avec la hiérarchie que va être établie le contrat commercial.
 c/ il peut aussi y avoir une relation d'évaluation.

2/ les relations hiérarchie/participants :

 a/ c'est l'environnement organisationnel et décisionnel de l'entreprise, institution, structure de formation.
 b/ c'est la détermination de la demande et l'implication (neutre ou active) de la hiérarchie.
 c/ c'est la place donnée (laissée) à l'action de formation ou de supervision.
 d/ c'est l'évaluation de l'action de formation ou de supervision et les changements éventuels qu'ils peuvent induire dans l'organisation et/ou les processus de décision.

3/ les relations intervenant/participants :

 a/ c'est la détermination, éclaircissement, re-détermination de la demande.
 b/ c'est la détermination du cadre.
 c/ ce sont les actions de formation ou de supervision dans le cadre.
 d/ ce sont les processus d'évaluation.

Le relationnel intervenant/participant ne peut pas être indépendant de ce que les participants peuvent imaginer à tort ou à raison du relationnel intervenant/hiérarchie.

LE CADRE

Dans ce système relationnel, il me semble clair que la hiérarchie fait partie de l'environnement, que je qualifierai de proche, pendant l'action de formation ou de supervision et qu'elle intervient en amont et en aval.

 1/ la question de la demande et des objectifs.
Dans la relation de formation ou de supervision, qui et comment aura formulé et discuté la demande ? Qui plus est, est-on sur que derrière les mêmes mots et les même phrases il y ait des contenus équivalents ?
Par exemple derrière les mots "autonome et responsable" qu'en est-il du contenu éthique pour l'intervenant, du contenu productif pour la hiérarchie et du contenu liberté pour le participant ... ces trois contenus sont-ils compatibles entre eux ?
Si la demande et les contenus de la formation ainsi que leurs objectifs sont re-formulés pendant l'action de formation, qu'en est-il de la relation entre l'intervenant et la hiérarchie ?

 2/ la question des évaluations.
Elle est une pratique courante dans les actions de formation. Elle n'est pas forcément normative. Elle peut concerner l'évaluation par l'intervenant des participants, l'inverse, l'évaluation par la hiérarchie de l'action de formation ou de supervision. En principe ces évaluations, si elles ont lieu, ne sont pas indépendantes de la demande et des objectifs (parfois l'évaluation peut permettre de se rendre compte à posteriori ce qu'était réellement la demande !).
La question de l'évaluation est d'autant plus délicate que dans certain cas le code déontologique de confidentialité est en jeu.

La hiérarchie, si elle est physiquement absente pendant les processus de formation ou de supervision, est déterminante dans le cadre par :
 a/ la place qu'elle tient dans la détermination de la demande,
 b/ son rôle d'interlocuteur commercial,
 c/ le relationnel hiérarchie/participants,
 d/ le relationnel intervenant/hiérarchie,
 e/ ce qu'elle donne du cadre spatial et temporel,
 f/ son rôle dans l'évaluation.

La détermination du cadre, explicitement, en indiquant aux participants les conditions organisationnelles et attentes de la hiérarchie peuvent permettre de lever les ambiguïtés lorsqu'il y en a. Cette détermination doit contenir l'explicitation des règles déontologiques. Cette explicitation est à mon sens le seul moyen de rendre tolérable l'absent-présent et éviter qu'un trop grand nombre de "cadavres" restent enfermés dans le placard et alimentent résistances et rétroflections.